Ségolène Royal propose une France arc-en-ciel à Bayrou
Ségolène Royal a lancé mardi soir à Montpellier un nouvel appel à François Bayrou et ses électeurs, les invitant à la rejoindre pour construire une France “arc-en-ciel” où des ministres UDF auraient toute leur place dans une “majorité présidentielle”.
Pour son deuxième meeting du second tour, la candidate avait choisi la capitale languedocienne où plus de 9.000 militants enthousiastes l’ont accueillie en scandant “Ségolène présidente” et “On va gagner”.

A la veille de la conférence de presse du candidat UDF, Mme Royal a poursuivi ses appels en direction de M. Bayrou. Une victoire de Sarkozy signifierait pour elle “le désordre et le malheur pour notre pays”.
Elle s’est ainsi adressée “à toutes celles et tous ceux” qui veulent “élargir ce rassemblement et lui donner toutes les couleurs de l’arc-en-ciel”, “à tous ceux qui pensent que les valeurs humaines doivent toujours l’emporter sur les valeurs boursières”, qui pensent “que, pour que la France avance, elle a besoin d’un Etat impartial”, que le leader centriste appelle de ses voeux.
Devant la presse, elle s’est ensuite montrée plus explicite en déclarant qu’en cas de soutien de M. Bayrou, il y aurait “bien sûr” des ministres UDF au gouvernement -comme en 1988 après la réélection de François Mitterrand- car “c’est ça, une majorité présidentielle”.
Mme Royal s’est même dit prête à tenir “une séance de travail” avec l’équipe Bayrou pour trouver un accord sur son pacte, quitte à l’enrichir de propositions centristes.

Tout au long de son intervention, elle a cité les cinq points sur lesquels “des convergences” sont apparues avec les centristes: l’environnement, la conception de l’autorité de l’Etat, la démocratie et la lutte contre les “discriminations”, l’éducation, l’Europe.
“C’est cette convergence qui fera la dynamique électorale et fera la victoire. C’est cette convergence qui va construire la nouvelle majorité présidentielle et la France présidente le 6 mai 2007″, s’est-elle exclamée.
Auparavant, le leader Vert Daniel Cohn-Bendit avait lui aussi pressé M. Bayrou de soutenir Mme Royal.

“François, tu as soutenu Romano Prodi contre Berlusconi, qui soutient Nicolas Sarkozy. Donc tu dois soutenir Ségolène Royal contre Nicolas Sarkozy. Il faut être clair, dans la vie”, a-t-il lancé, déclenchant une ovation de la salle, où avait pris place discrètement le président de la région Georges Frêche, exclu du PS en janvier dernier.
Mais, en terre de gauche, Mme Royal n’a pas manqué non plus de soigner son aile gauche en remerciant du “fond du coeur” tous les candidats éliminés, d’Olivier Besancenot à Marie-George Buffet en passant par Dominique Voynet, qui ont appelé à voter pour elle, avec “une pensée particulière” pour Arlette Laguiller, acclamée par la salle avec des “Arlette avec nous”.
“Je leur dis que leurs idées et leur idéal ne seront pas oubliés dans le pacte présidentiel”, a-t-elle dit.

Mme Royal a appelé les Français à faire un “choix clair” le 6 mai en privilégiant “la voie de la réconciliation” qu’elle porte contre celle de la “division” incarnée à ses yeux par Sarkozy, dont la victoire signifierait “un pays fragmenté en ghettos de riches et en ghettos de pauvres”.
Elle a dévoilé sa nouvelle affiche: une photo, en couleur cette fois, de la candidate, souriante et tout de blanc vêtue, barrée d’un “La France présidente”.
A la fin du meeting, Mme Royal a été rejointe sur scène par le chanteur Cali et l’actrice Julie Gayet.

Premiers contacts arc-en-ciel
Ségolène Royal a précisé ne pas avoir eu pour l’instant de réponse du candidat centriste, à qui elle a laissé un message téléphonique lundi soir.
Le fait que François Bayrou n’ait pas encore répondu est un signe encourageant, “sinon il m’aurait dit non tout de suite”. Des “contacts” ont d’ailleurs été pris “entre les proches”, a-t-elle souligné.

“Je souhaite que la réponse soit positive (…) Cela mérite d’être tenté”, a estimé la première femme à avoir une chance réelle d’accéder à l’Elysée qui reconnaît avoir pris un “risque” en sortant des “schémas traditionnels” de la politique française.
“Il y a peu d’occasions dans l’histoire de la politique où on peut accomplir des dépassements, des refondations qui n’entraînent personne à en rabattre sur ses convictions”, a déclaré Ségolène Royal.
Celle qui se dit régulièrement prête à “actualiser le logiciel socialiste” a affirmé qu’elle n’avait pas “senti de réticences” au sein du PS après son offre d’ouverture au centre, la première depuis la tentative de Michel Rocard, à la fin des années 1980.
Après avoir rencontré dans l’après-midi les parlementaires socialistes, elle a expliqué avoir ressenti tout au plus des “questionnements”.

Pendant son discours devant plus de 9.000 personnes réunies au Zénith de Montpellier, la candidate n’a pas cité le nom de François Bayrou pour ne pas “lui mettre la pression par meeting interposé”, comme elle l’a expliqué aux journalistes. Elle a souligné avoir été “très explicite” notamment quand elle en a appelé à “toutes les couleurs de l’arc-en-ciel”.
La campagne présidentielle de l’UDF avait été placée sous le signe de l’orange.

Vidéo Montpellier : Les réactions
Plus de 11 000 personnes sont venues soutenir la candidate qui tenait meeting dans la capitale languedocienne.
Ce premier grand meeting de la campagne du second tour a réuni de nombreuses figures politiques, comme par exemple Daniel Cohn-Bendit qui a enflammé la salle avant le discours de Ségolène Royal par une prise de parole virulente contre le candidat de l’UMP. Des artistes comme le chanteur Cali, ou l’actrice Julie Gayet étaient eux aussi présents

Ségolène Royal en meeting à Montpellier :
“Je remercie du fond du coeur tous les candidats de la gauche et des écologistes qui, sans tarder, ont parlé pour se rassembler sur mon nom. Avec une pensée particulière, si vous le permettez, pour Arlette Laguiller“, déclare Ségolène Royal, rappelant que c’était “la première fois” depuis 1974 que la candidate de LO appelait à voter pour le candidat du PS au second tour d’une présidentielle.

Elle remercie “tous les autres : Marie-George Buffet, José Bové, Dominique Voynet, Olivier Besancenot“. “Je leur dis que leurs idées et leur idéal ne seront pas oubliés dans le pacte présidentiel“.
Par ailleurs, la candidate socialiste estime que les Français ont un “choix clair” à faire le 6 mai entre “deux voies“, celle de la “division” incarnée à ses yeux par Nicolas Sarkozy et celle de la “réconciliation” qu’elle promeut.
“Le 6 mai, le choix est clair. Il y a désormais deux voies possibles. Il y a la voie de la division et celle de la réconciliation“, lance-t-elle devant quelque 9.000 personnes.
“Il y a la voie du chacun pour soi, de la concurrence, et celle de la réforme dans le calme. Il y a le choix entre reconduire la majorité sortante, son candidat, ses méthodes, ses échecs répétés ou bien essayer autre chose et changer de politique“.
“Il y a le choix entre le candidat soutenu par Berlusconi et la candidate soutenue par Zapatero“.

“L’élection présidentielle, c’est vous qui allez la faire, vous citoyens et citoyennes. Ce ne sont pas des additions arithmétiques“.
“Ne vous laissez pas faire par les additions arithmétiques, car la politique c’est une multiplication de forces, de talents, d’énergies“.
“Moi, mon projet, c’est vous. Ce n’est pas pour moi que je veux grimper je ne sais quelle dernière marche, c’est la France que je veux relever. ”


