Charléty senflamme pour Ségolène Royal
“C’est quand le bonheur!”, chante Cali tandis que les dizaines de milliers de partisans de Ségolène Royal, massés dans le stade Charléty pour son meeting-concert répondent en scandant “On va gagner! On va gagner!”, à J-4 de l’élection présidentielle.

Des dizaines de milliers de personnes ont envahi mardi le stade parisien et ses abords pour soutenir la candidate socialiste. Les RER, pleins à craquer, ont dû stopper par moment, retardés en stations par l’afflux.
Les portes du stade ont été fermées vers 17H00, 60.000 personnes sont déjà installées sur la pelouse d’après les organisateurs, les pistes d’athlétisme et les gradins.

Environ 40.000 autres qui n’ont pas pu assister, sont restées massées dehors, dans les avenues proches ou reparties chez eux. La police n’a donné aucun chiffre. Des centaines réussissent à rentrer en escaladant les grilles.

“Pour écouter Ségo, il faut escalader”: Mohamed, 18 ans, de Vitry-sur-Seine, envoie un texto à ses copains de banlieue. Ils sont des milliers et des milliers de jeunes venus pour “leur” candidate, “portant leur diversité en bandoulière”, selon les termes d’un responsable socialiste. “Pas de Sarko, pas de Sarko !”, crient certains en arrivant sous les arches de béton du stade.

“Elle seule nous représente”, dit Jonathan, du “93″. “Je vais écouter Ségolène en entier, sans les coupures des télévisions”, lance une étudiante parisienne jouant des coudes pour tenter d’atteindre la pelouse. Dans le stade, la foule aux tee-shirts rouge “Ségolène Présidente” et “MJS” (pour Mouvement des jeunes socialistes), très jeune, très festive, très joyeuse, agite pancartes et drapeaux, tangue au rythme des olas. Quelques drapeaux des Verts sont brandis depuis un gradin. Le concert commence dès l’ouverture des portes à 15H30.

Kerry Janes, Sapho, Michel Delpech, Grands Corps Malade, Lény Escudero, Skaï et d’autres se succèdent sur scène, tandis que l’acteur Yvan Le Bolloc’h chauffait le stade. “Je suis un jeune de banlieue et fier de l’être.La France c’est nous aussi. Vive la France”, dit Disiz la Peste. Dans les tribunes, les personnalités, hommes de théâtre comme Jean-Michel Ribes, Philippe Torreton, et les actrices Valeria Golino, Carla Bruni, Florence Darel, Emmanuelle Béart, Jane Birkin ou Julie Gayet. Une clameur s’élève à 19H00 à l’arrivée de la candidate, les militants du MJS organisent en une farandole un service d’ordre pour lui faire une haie d’accès à la tribune drapée de bleu-blanc-rouge.

Entourée du maire de Paris Bertrand Delanoë, de son directeur de campagne Jean-Louis Bianco et du député de Paris Patrick Bloche, vêtue d’un tailleur blanc, elle serre les mains et se fraie un chemin pendant de longues minutes avant de parvenir au pupitre. “Je vous salue, peuple de France, je vous salue peuple libre, peuple fier, peuple insoumis et qui veut la victoire”, lance la candidate, soulevant les acclamations du public.

“C’est magnifique, cela représente la politique joyeuse!”, s’émeut la députée radicale de gauche Christiane Taubira. “C’est colossal!”, se congratule le député de Paris Jean-Marie Le Guen. “Cette foule, joyeuse, enthousiaste, est là pour dire non à la liquidation de Mai 68 et de son cortège de libertés”, se félicite l’ancienne ministre Elisabeth Guigou. “A dimanche!”, lance le chanteur Cali.

Charléty trop petit pour accueillir les 100 000 personnes venues soutenir Ségolène cette après-midi
Une marée de sympathisants, dont beaucoup portaient des T-shirts rouges et des slogans anti-Sarkozy, a convergé mardi vers le Stade Charléty de Paris, où Ségolène Royal a partagé l’affiche avec de nombreux artistes pour son dernier grand meeting parisien.

La foule se pressait aussi aux alentours du stade et, vers 18h, les organisateurs annonçaient que les dizaines de milliers de personnes massées à l’extérieur ne pourraient pas rentrer.
“On ne peut plus accepter de public au stade Charléty qui est bourré à ras la gueule. Je vous demande de rentrer chez vous”, lance Yvan le Bolloch. “La prochaine fois, on prendra Maracana, ça sera plus simple”, plaisante-t-il en référence au mythique stade de Rio de Janeiro…”. En effet si 60 000 personnes ont pu rentrer, 40.000 sont restées à l’extérieur. Ce qui fait un total de 100 000 personnes venues à ce concert-meeting de soutien à Ségolène Royal.

Au même moment, le service d’ordre a le plus grand mal à fermer les grilles, ce qui provoque de belles bousculades. “SO, ça déborde là-bas”, crie un membre du service de presse. Plus loin, la gare RER “Cité universitaire” est au bord de l’implosion. Dans un communiqué, les codirecteurs de campagne de Ségolène Royal François Rebsamen et Jean-Louis Bianco, saluent un “immense succès populaire”. C’est qu’un flot ininterrompu s’était déversé toute l’après-midi sur la pelouse du stade par les deux escaliers de l’entrée. Les premiers arrivés, qui s’étaient étendus sur des nattes, ont dû se lever pour faire de la place aux nouveaux arrivants.

“Avec le beau temps qu’il fait, il devrait y avoir du monde”, pronostiquait parmi eux Sophie Lapeyronie, une sympathisante, vers 16h. “On donnera une image d’un public joyeux, une image de mobilisation. Ca laissera des traces même si la gauche perd dimanche”. “On espère ne pas être déçu à la fin, au second tour”, glisse son amie Fanny, qui prend le soleil, les pieds nus sur l’herbe du stade. Sous un grand soleil, les tribunes enchaînent les olas. Les militants agitent leurs banderoles “Les jeunes avec Ségolène” ou “La France présidente”. Deux jeunes gens se présentent en T-shirt orange siglés “Sexy centriste” et déclenchent une ovation: “Bayrou, avec nous! Bayrou, avec nous!”, crient les sympathisants qui les entourent. La plupart des T-shirts sont rouges ou blanc, marqués “Ségolène Présidente”, “Fier d’être socialiste” ou encore “Sarko non merci”.

“On sent qu’il y a un grand danger pour les valeurs de la France”, explique Lancelot Azel, un étudiant de Science-Po venu avec la section socialiste. “On est venu aussi pour Ségolène Royal. On n’arrête pas de faire de l’anti-Sarko, mais elle est compétente, il faut le dire”, ajoute son amie Sophie Besancenot. Sur les deux écrans géants installés de part et d’autre de la scène drapée de bleu, blanc et rouge, l’apparition des personnalités présentes dans les tribunes est saluée par des salves d’applaudissements dans tout le stade. A l’applaudimètre, c’est Geneviève de Fontenay, en tailleur et chapeau, qui bat tous les records.

“Nous sommes la nation des droits de l’Homme, la nation de la tolérance”, chante Damien Saez, après les prestations d’artistes aussi différents que Bénabar, Lenny Escudero, les Têtes raides, Sapho ou encore Kerry James. Yannick Noah était aussi attendu. En coulisses, le slammeur Grand corps malade explique être venu “pour défendre certaines de nos libertés”. “J’ai l’impression que ce rassemblement peut être utile”, résume-t-il.
AP

Royal à Charléty : liberté, égalité … amour
Ségolène Royal a choisi le stade Charléty, à Paris, pour organiser son plus grand meeting de campagne. Un meeting aux allures de concert car de nombreux artistes ont défilé sur la scène avant et après la candidate.
Parmi eux Yannick Noah, Michel Delpech, Benabar…

A cinq jours du deuxième tour de l’élection présidentielle, Ségolène Royal a montré qu’elle pouvait, elle aussi, rassembler les foules dans la capitale. Plusieurs dizaines de milliers de personnes étaient présentes.

Un meeting et des chansons : c’est le concept que Ségolène Royal a choisi ce 1er mai. La candidate socialiste a essayé de placer son dernier grand rassemblement de campagne à Paris sous le signe de la convivialité et de la musique. Après la démonstration de force de Nicolas Sarkozy deux jours plus tôt dans la salle du Palais omnisports de Bercy, où de nombreux artistes étaient venus le soutenir, elle a répondu en organisant un concert avec l’aide des chanteurs qui se sont engagés à ses côtés.

Pendant plus de deux heures avant l’intervention de la candidate, on a vu défiler notamment Leny Escudero, Michel Delpech, Grand Corps Malade, Skaï, Disiz le Peste, Cali… Après le discours, les spectateurs ont pu écouter d’autres artistes parmi lesquels Benabar, Jacques Higelin, Renaud ou Yannick Noah. L’humoriste Yvan Le Bolloch avait revêtu pour l’occasion le costume de Monsieur Loyal et présentait les chanteurs. Comme pour un vrai concert. Parmi les spectateurs, d’autres artistes ou personnalités avaient pris place : les acteurs Jane Birkin, Jean-Pierre Daroussin, Danielle Evenou, l’organisatrice du concours des Miss France Geneviève de Fontenay, des politiques comme François Hollande, Dominique Strauss-Kahn, Jack Lang, Bertrand Delanoë, Robert Hue…

Une entrée de rock-star
Dans un stade rempli -beaucoup de monde est d’ailleurs resté à l’extérieur faute de place-, le rassemblement a vite pris des airs de fête assez bon enfant. On en aurait presque oublié qu’il s’agissait de politique et même de l’élection présidentielle. Presque, car les affiches à l’effigie de la candidate brandie par les jeunes militants regroupés près de l’estrade et les petites pancartes violettes -c’est la couleur de campagne de Ségolène Royal- dispersées dans la foule venaient rappeler pourquoi tous ces gens étaient réunis en un après-midi ensoleillé au stade Charléty. La montgolfière gonflable promenée par deux jeunes gens sur la pelouse et sur laquelle on pouvait lire «Fiers d’être socialiste» et «Ségolène Royal présidente», aussi.

Quand Ségolène Royal a fini par apparaître, la politique a repris ses droits sur la musique. Quand elle a commencé à parler, sous la clameur des spectateurs, il n’était plus question d’autre chose que de la campagne électorale. Même si elle a fait une entrée de rock-star -Ségolène Royal a traversé la pelouse du stade pour rejoindre l’estrade dans une allée tracée par les jeunes socialistes au milieu de la foule en marchant lentement, en serrant des mains, en saluant au son de sa musique de campagne-, c’est bien une candidate qui a pris la parole. Et une candidate particulièrement déterminée et affûtée.

«Aimons-nous les uns les autres !»
Son discours a, en effet, été très incisif. Ségolène Royal a attaqué sans détour son adversaire, Nicolas Sarkozy. Elle n’a eu de cesse de décrire sa France, celle des valeurs universelles «liberté, égalité, fraternité», par opposition à celle du «candidat de la droite». La France de la «paix sociale», pas celle de la «brutalité». La France rassemblée, pas la France divisée. La France «des progrès humains», pas celle de la «précarité». La France du «dialogue social», pas celle de «la guerre à la fonction publique». La France du «respect», pas celle du «passage en force».

Ségolène Royal s’est aussi efforcée de montrer sa différence avec Nicolas Sarkozy en mettant en avant sa personnalité et son rapport privilégié avec les Français. Elle a affirmé : «Mon projet, c’est vous !» Elle a parlé «d’amour» à plusieurs reprises. Elle a même lancé à la fin de son discours dans un élan d’enthousiasme : «Aimons-nous les uns les autres !» Comme un cri de ralliement. Elle s’est décrite comme la seule à proposer un projet de société pacificateur «sans brutaliser, avec intelligence, dans le dialogue». Une manière d’expliquer que Nicolas Sarkozy en est incapable. Elle a même estimé que la façon dont son adversaire voulait mener les affaires publiques pouvait «mettre en danger la paix sociale» dans le pays. Elle a pourtant nié avoir attaqué personnellement Nicolas Sarkozy dont elle a dit qu’il se posait «en victime perpétuelle». Mais elle s’est enorgueillie d’avoir mené «un débat de valeurs et d’opinions».

Barre à gauche
Les valeurs, c’est bien son terrain de prédilection. Ségolène Royal a d’ailleurs critiqué avec virulence la vision de la «valeur travail» de Nicolas Sarkozy. Elle a affirmé : «La valeur travail n’est pas un artifice de discours, c’est d’abord payer le travail à sa valeur». Elle a aussi ironisé sur la critique de l’esprit de mai 68 à laquelle s’était livré Nicolas Sarkozy dans son meeting de Bercy : «Quelle mouche l’a piqué. C’était il y a 40 ans !» A cinq jours du scrutin, la candidate a mis la barre à gauche sans ambiguïté. Elle a expliqué le choix de la date du 1er mai pour organiser ce dernier meeting parisien par le symbole qu’elle représente. Elle a voulu rendre hommage aux ouvriers, aux syndicalistes qui ont combattu pour le progrès social, à ceux «qui ont donné leur vie pour que nous puissions manifester». Elle a même affirmé qu’elle voulait une France qui «n’en rabatte jamais sur la conquête des droits sociaux» et dans laquelle la lutte contre le chômage et l’éducation seront des priorités.

Si Ségolène Royal a parlé aux électeurs de gauche d’abord, elle n’a pas oublié ceux du centre dont la position sera déterminante au soir du 6 mai. Elle a évoqué le passage à la VIe République, l’Etat impartial, la nécessité d’avoir «une Europe qui fonctionne», autant de thèmes sur lesquels elle est en accord avec François Bayrou, le candidat malheureux de l’UDF. Avant le débat télévisé qui doit l’opposer à Nicolas Sarkozy, le 2 mai au soir, Ségolène Royal s’est offert un petit bain de ferveur populaire en plein air. Des conditions idéales pour appeler au rassemblement.
(RFI)




