Portrait de Najat Belkacem, porte-parole de Ségolène
Najat Belkacem est l’un des trois porte-parole de Ségolène Royal. Quelques éléments sur son parcours et sa personnalité.

Son parcours
Je suis la candidate du Parti Socialiste aux prochaines élections législatives de juin 2007 dans la quatrième circonscription du Rhône, à Lyon. C’est un territoire qui correspond au 6e arrondissement de Lyon ainsi qu’à une large part du 3e arrondissement (Montchat, Grange Blanche, Villette Paul Bert et Sans Souci) et au nord du 8e arrondissement (Mermoz, Laennec, Transvaal).
Bien que je ne sois pas née à Lyon, je suis une amoureuse de cette ville. J’y travaille depuis quatre ans aux côtés de Gérard Collomb, Sénateur-Maire de Lyon, en menant dans le cadre de la politique municipale des actions pour renforcer la démocratie de proximité, la lutte contre les discriminations, la promotion des droits des citoyens ou leur accés à l’emploi et au logement.
Engagée dans la vie politique, militante du parti socialiste, j’ai été élue en mars 2004 conseillère régionale Rhône-Alpes sur la liste de Jean-Jack Queyranne et j’assume en particulier les fonctions de présidente de la Commission Culture.
Pour dire quelques mots de mon parcours personnel, je suis née au Maroc dans un milieu rural et j’ai grandi dans la banlieue d’Amiens avant de rejoindre Paris pour achever mes études à l’Institut d’Etudes Politiques.
A 29 ans, mariée depuis peu, je suis devenue une Lyonnaise passionnée qui tente, au quotidien, d’agir pour le développement de la ville et l’amélioration de la qualité de vie de tous ses habitants.
Mon parcours ressemble finalement à celui de nombreuses jeunes femmes de ma génération qui ont fait le choix des études pour exercer pleinement un métier, être autonome et accéder à assez de responsabilités pour espérer changer la société, la rendre plus juste, plus solidaire, plus heureuse.
Parce que je sais ce que je dois à l’école et aux institutions de la République, je sais que l’action politique, lorsqu’elle est au service du bien commun et qu’elle respecte un certain nombre de valeurs fondamentales, a le pouvoir de faire progresser la société.
C’est dans cette volonté d’agir et d’obtenir des résultats au bénéfice de tous que je trouve, chaque jour, un sens à mes engagements et le désir d’aller de l’avant.
Source : www.najat-vallaud-belkacem.com
Extraits d’une interview accordée à Maxime Verner
Comment êtes vous arrivée dans le milieu politique ?
J’ai débuté mon engagement citoyen dans la vie associative, par l’aide aux devoirs et l’implication dans des associations humanitaires comme Pharmaciens sans Frontières, dès ma majorité. J’ai entrepris alors des études de droit puis à Sciences Po avant de travailler en tant qu’assistante parlementaire pour une députée (ndla : la socialiste Béatrice Marre ), à l’âge de 21 ans. Je suis alors entrée dans les arcanes du pouvoir parlementaire, j’ai découvert le fonctionnement passionnant de l’Assemblée Nationale tout en prenant conscience de la difficulté du mandat de député : partager son temps entre Paris et sa circonscription, être sans cesse à l’écoute des uns et des autres … J’avais donc à l’époque un regard assez mitigé sur un éventuel engagement politique : tellement de sacrifices pour un travail plutôt déconsidéré. Je trouvais alors plus intéressant de travailler dans l’ombre d’un politique. Puis je suis devenue juriste dans un cabinet d’avocats au Conseil d’Etat et à la Cour de Cassation pendant trois années, trois années pendant lesquelles je me suis un peu retirée du monde politique. Après 3 ans dans ce cabinet et alors que je songeais à aller voir ce qui se passait ailleurs, j’ai rencontré Gérard Collomb (ndla : maire de Lyon). On était en 2003, il venait d’être élu deux ans plus tôt et cherchait à étoffer son cabinet notamment sur les questions de démocratie participative. Je suis venue le rejoindre à Lyon pour travailler dans son cabinet sur ce sujet, puis sur d’autres.J’ai donc repris contact avec la politique sous ce biais là.
Quel a été le déclencheur de votre engagement au Parti Socialiste ?
J’ai toujours été plus qu’une sympathisante et je n’ai jamais doutée de mon appartenance à la gauche mais je n’ai adhéré au Parti Socialiste que récemment : j’ai pris ma carte après le 21 Avril 2002.
Que pensez-vous de l’arrivée des femmes sur l’avant de la scène politique ?
C’est génial ! Il y avait une vraie injustice à réparer qui portait tort à tout le monde. Il était anormal que la moitié de la population soit si peu représentée en politique : on se privait de vraies compétences et de certaines qualités que j’ai la faiblesse de croire « féminines » : Même lorsqu’elles font de la politique, les femmes ont une vie de famille à gérer et des enfants à élever, elles sont du coup plus proches des réalités que ne le sont les hommes.
Les femmes sont de façon totalement intuitive plus réfléchies que les hommes : elles prennent davantage le temps de peser le pour et le contre avant de prendre une décision, elles sont moins sanguines que les hommes. La politique est malheureusement trop souvent une histoire de batailles, de coups bas et de violences. Je pense au contraire qu’il faut avoir un esprit serein de consensus afin de trouver les bonnes idées partout où elles sont et de prendre les bonnes décisions.
Pour vous, qu’est ce que le Parti Socialiste aujourd’hui ?
Pour moi, c’est le parti le plus moderne, aussi bien sur la question des mœurs que sur celles de la solidarité nationale et des institutions. Nous proposons les solutions les plus acceptables par tous car nous prenons en considération chacune des composantes du corps social. Je comprends que le discours de droite séduise certaines personnes mais il ne prend pas en compte les catégories les plus pauvres de la population. Il me semble que celui du parti socialiste est le seul qui tout en essayant d’être moderne, de se mettre à la page et de comprendre qu’on est dans une société économiquement libérale, continue à parler de justice, d’équité, d’aider les plus pauvres tout en créant de la richesse. C’est le seul parti qui propose une solution équilibrée.
Une forme d’ordre juste en somme, que pensez-vous de Ségolène Royal ?
C’est mon idole ! (rires) Je pense beaucoup de bien de Ségolène. Je ne fais pas partie de ceux qui, il y a un an et demi, étaient d’ores et déjà convaincus, mais plutôt de ceux qui ont observé, sereinement, son parcours. Je ne peux m’empêcher de la trouver sympathique car je sais quelle force et quels sacrifices la politique demande aux femmes…surtout à ce niveau là ! Elle ouvre une voie. Et rien que pour cela on ne peut que lui être reconnaissante. Par ailleurs j’aime son franc parler et son sourire éternel.
Quels sont alors vos modèles en politique ?
Je n’ai aucun modèle. Personne ne me fascine, je respecte ceux qui ont bien réussi mais chacun a sa part d’ombre. En ce moment, je suis admirative devant Ségolène mais on ne peut pas dire que c’est mon modèle.
Que pensez-vous du rôle du député et de son pouvoir devenu moindre ?
La façon dont fonctionnent les institutions ne va plus. Le Parlement devrait avoir un rôle bien plus important que celui qui est le sien aujourd’hui, il devrait contrôler le gouvernement. Tout cela ne fonctionne pas : 90% des textes déposés au Parlement sont déposés par le gouvernement, ce n’est pas normal car a priori les 577 députés sont davantage au contact du terrain et ont peut-être de meilleures propositions de lois à faire. Je suis assez d’accord avec les idées qui courent, notamment portées par Arnaud Montebourg, selon lesquelles les institutions doivent être revues. Mais une fois que le rôle des institutions sera revu, le mandat de député est un des plus beaux qu’il soit. Je veux redonner son brillant au statut de député car c’est un des seuls mandats qui permet de rester au contact des gens et de prendre conscience de leurs problèmes, de voter et proposer les lois qui font évoluer la société et les mœurs et enfin, bien qu’élu dans une circonscription précise, de représenter toute la France. Le député représente finalement plus la France que le ministre, qui n’a lui pas été élu.
Vous n’avez pas encore trente ans, vous êtes conseillère régionale Rhône-Alpes et collaboratrice du maire de Lyon, vous voyez sincèrement plus loin que les législatives ?
Ca peut paraître surprenant mais je n’ai aucun plan de carrière ! Je ne peux pas dire que tout m’arrive par hasard car il faut avoir le déclic pour saisir les opportunités et je peux au moins me reconnaître ce talent mais je pense néanmoins que la plupart des choses qui me sont arrivées ont été dues à des concours de circonstances. J’ai depuis su montrer mes qualités et mes compétences, c’est pour cela que je suis restée. Mais je ne me suis pas dit en sortant de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris que j’allais devenir députée après avoir travaillé au cabinet du maire de Lyon et je ne sais pas ce que je vais faire dans un an si je ne suis pas députée.
La politique n’a pas été une vocation pour vous et ça n’a pas été votre objectif, alors pourriez-vous plus facilement la quitter ?
Je ne considère pas la politique comme un emploi. Je pense que chacun d’entre nous devrait être en mesure d’exercer un mandat. Le vrai problème aujourd’hui est la professionnalisation de la politique, les hommes politiques considèrent normal d’avoir le pouvoir ou de le chercher depuis 20, 30, voire 40 ans, ce n’est plus possible. Tout le monde doit se mettre d’accord sur ce que veut dire un mandat. Pour moi, cela veut dire qu’à un moment donné l’un d’entre nous considère qu’il est en position, parce qu’il a compris les grands enjeux de la société dans laquelle il vit et qu’il a des solutions à proposer à ses problèmes, de représenter ses concitoyens et de mener à bien des dossiers, des projets… Mais qu’il le fasse pendant la durée de son mandat seulement. Ensuite, s’il est essentiel à la bonne poursuite des dossiers, il peut briguer un deuxième mandat mais que l’on reste toujours dans ce qui est de l’ordre du raisonnable. Personnellement je songe à reprendre un jour une activité professionnelle. Je regrette qu’en France il y ait trop peu de passerelles entre le monde du privé et celui de la politique : de sorte que pour ceux qui se sont risqués en politique, lorsqu’ils arrêtent d’en faire, il leur est très difficile de retrouver leur poste. Cela explique surement pourquoi la plupart se maintiennent en politique…
Pensez-vous donc représenter un nouveau souffle en politique ?
J’ai certes 29 ans mais j’ai déjà une expérience qui fait que je ne suis pas la « petite jeune » qui arrive sans savoir où elle met les pieds. Je suis surtout quelqu’un qui suit extrêmement respectueuse de ce qui a pu être fait dans le passé et ce qui a pu marcher : je ne suis pas sans cesse à vouloir réinventer la poudre, je cherche juste à améliorer ce qui a fonctionné. En revanche, mon jeune âge peut signifier quelque chose en terme de renouvellement, d’enthousiasme. On devrait être content que la politique réussisse encore à attirer des jeunes gens comme moi à une période où 60% des Français pensent que les politiques sont tous des « pourris ».
Cette nouvelle manière de faire de la politique passe aussi par les nouveaux moyens de communications. Pensez-vous qu’aujourd’hui la politique est un mélange de décision et de communication ?
Ma circonscription, qui n’est pas parmi les plus importantes de France, représente plus de 100 000 habitants donc pour tous les toucher, nous devons passer obligatoirement par la communication, notamment avec les médias et tous les supports possibles. Je trouve qu’Internet est un moyen génial de communiquer car on n’est pas tributaires de la bonne volonté des journalistes et on réalise soi même le support, on s’adresse directement aux lecteurs en recevant aussi directement leurs réactions, au travers des blogs.
Mais je ne pense pas que la communication soit une fin en soi ou un moyen de faire de la politique, c’est un palliatif : elle remplace quelque chose qui n’a pas eu lieu avant. Pour prendre une bonne décision en politique, il faut faire participer les principaux intéressés. C’est seulement si ce travail n’est pas fait que les politiques ont besoin de faire appel à de la communication pour faire mieux passer et accepter leurs décisions. Mais si le travail en amont est bien fait, a priori une décision qui est juste et qui a été prise en partenariat avec les principaux intéressés n’a pas besoin de communication pour mieux passer.
Le Parti Socialiste suit un changement obligatoire d’orientation depuis 2002, quels sont vos projets d’avenir pour le Parti Socialiste ?
Il y a quelque chose qui me chagrine quand je regardes les évolutions de la société d’aujourd’hui, mise à part les « nouvelles adhésions » du printemps 2006, c’est que les gens ont clairement envie et besoin de s’engager. Il y a de plus en plus de gens qui s’engagent dans les associations, mais en même temps il y a de moins en moins de monde qui se syndique, qui devient militant au vrai sens du terme. Je me dis donc que le problème ne vient pas des gens mais plutôt des structures qui n’ont pas su s’ouvrir. Les associations ont su s’ouvrir car elles sont très souples alors que des structures comme les syndicats et les partis sont trop lourds et ils n’ont pas su s’ouvrir à la population, ce qui est un vrai problème. Du coup, si j’avais un projet pour le Parti Socialiste, c’est de réfléchir à comment on peut redonner envie aux gens de l’intégrer. A la base, il y a tout de même une belle idée : se retrouver entre gens qui partagent les mêmes valeurs pour la société. Devenir militant devrait être aussi excitant que de s’engager dans une association !
Aujourd’hui ce n’est pas le cas car le parti se perd en réunions de sections interminables où on discute plus que l’on n’agit, on discute entre soi plus qu’on ne va convaincre son voisin. Je crois que ce problème n’atteint pas que le parti socialiste et il faut vraiment qu’on y réfléchisse quand on est à l’intérieur car en même temps un parti qui ne se renouvelle pas disparaît de sa mort naturelle.
Les législatives vont découler en partie des présidentielles qui auront lieu un mois auparavant, que pensez-vous du débat politique actuel ?
Je trouve que Ségolène a eu l’avantage de mettre sur le tapis de vrais sujets : ceux dont les Français avaient besoin et envie de parler : carte scolaire en matière d’éducation ; délinquance dans les quartiers populaires ; démocratie participative… Je suis contente qu’elle ait évoqué tout cela car petit à petit elle a réussi à créer des débats autour de ses idées à elle alors qu’avant qu’elle n’arrive dans le paysage politique, c’était essentiellement ce que racontait Sarkozy qui faisait l’actualité. Or pour moi Sarkozy est un populiste qui ne sait que flatter les pires penchants des Français : le repli sur soi et la crainte. Depuis l’arrivée de Ségolène dans le débat, on se met à parler de sujets sérieux, on ne se contente pas de considérer que toute la misère des Français vient de l’immigration.
Interview : Maxime Verner
Source : www.maximeverner.hautetfort.com
