Vue de Norvège
Pour la Norvège, l’élection présidentielle en France n’est pas comme les autres. En effet, pour la première fois, une femme, Ségolène Royal, est en mesure de l’emporter.
Mais c’est le moins que l’on puisse dire elle ne sera pas aidée par les électrices. Il était temps.
En Norvège, Madame Gro Harlem Brundtland forma le premier gouvernement paritaire au monde en 1986. Le 9 mai, les photographes immortalisèrent 8 femmes sur 18 ministres devant le château royal à Oslo.

Journée historique. La France a tardé. Les femmes ont dû attendre 1944 pour avoir le droit de vote (que les Norvégiennes eurent dès 1913), et jusqu’en 1965 pour pouvoir ouvrir un compte bancaire ou prendre un travail sans le consentement de l’époux.
Jusqu’à une date beaucoup plus récente, celui-ci ne les encourageait pas non plus à s’engager dans la politique. Ni d’ailleurs les féministes, plus préoccupées par la libération du corps et par les études, pour gagner leur autonomie.
Malgré quelques exceptions, la France n’occupe qu’une place honteuse (84e au monde) pour ce qui est de la représentation féminine politique au niveau national. Et la loi tardive sur la parité permet aux grands partis de payer une amende plutôt que de céder la place aux femmes.
En Norvège, ce sont les femmes elles-mêmes qui prirent le pouvoir dans une campagne locale en 1977, par un subterfuge, en rayant les hommes des listes. Aujourd’hui, la parité est acquise. Aucun parti politique n’oserait s’y soustraire.
Ici, Ségolène Royal a certainement dû faire des sacrifices pour réussir une si belle carrière politique. Mais elle a osé briguer la candidature suprême.

Les commentaires qui fusèrent, notamment dans son propre parti, en disent long. Et cela continue. Les médias, si prompts a relever ses «bourdes» ou son «incompétence», qualifient d’office les candidats masculins de «compétents».
Les femmes devraient voler à son secours. Ne serait-ce que par solidarité. Il n’en est rien. Au contraire.
Elles sont les premières, j’en connais beaucoup, à la critiquer. Sur tout, y compris ses chaussures. Je n’en reviens pas. Que l’on ne soit pas d’accord avec la politique qu’elle propose, c’est une chose. On peut la combattre comme adversaire politique.
Mais qu’on l’attaque personnellement, parce que c’est une femme, c’est totalement incompréhensible. J’y perds mon norvégien.
A propos de la Norvège, justement. Après ce jour historique de 1986, le philosophe japonais Shunzo Tomimura fut tellement content qu’il fit ériger un monument à Kyoto avec le nom des huit femmes-ministres gravé dessus. Devra-t-il ajouter un neuvième nom français en mai ?
Vibeke KNOOP RACHLINE : correspondante d’«Aftenposten», quotidien norvégien (centriste)

Selon un sondage, les Européens et Américains considèrent la socialiste comme “la mieux à même de représenter la France” face à Nicolas Sarkozy.
Selon une enquête d’opinion Novatris-Harris réalisée pour France 24 et l’International Herald Tribune, et reprise mercredi 21 février par Le Canard Enchaîné, Ségolène Royal convainc les Européens.

A la question “Parmi les candidats à l’élection présidentielle, lequel serait le plus à même de représenter la France dans le monde ?”, la candidate socialiste l’emporte dans la totalité des pays devant le candidat de l’UMP Nicolas Sarkozy.
Les Allemands interrogés sont 16% à la préférer à Nicolas Sarkozy, choisi par 4% des sondés ; 6% des Anglais préfèrent la socialiste, contre 5% favorables au ministre de l’Intérieur.
Ségolène Royal convainc également 3% des Américains, contre 1% pour Nicolas Sarkozy.
Du côté des pays méditerranéens, 30% des Italiens et 25% des Espagnols la plébiscitent (contre 7% et 11% pour Nicolas Sarkozy).
Il n’y a qu’en France que Nicolas Sarkozy séduit sur sa capacité à représenter la France. Ils sont 36% à préférer le président de l’UMP, 21% Ségolène Royal et 16% François Bayrou.

A noter : 77% des Anglais et 88% des Américains ne connaissent “aucun des candidats”.
