“Liberté, égalité, fraternité” mais aussi “sororité”

Publié le par comités 11

“Ségolène Royal, candidate socialiste à la présidentielle, a ajouté mercredi le mot sororité (équivalent féminin de fraternité) à la devise de la France “liberté, égalité, fraternité” et a mis tout en oeuvre pour galvaniser les femmes, lors d’un meeting à Dijon à la veille de la Journée des femmes.

Quelque 10.000 personnes, 7.500 dans la salle et plus de 2.000 à l’extérieur, s’étaient rassemblées pour le meeting auquel ont participé des dizaines d’élues de gauche et des invitées étrangères.

Très à l’aise et détendue, Ségolène Royal a tenu à secouer les femmes pour les faire sortir de mauvaises habitudes. “Ne laissons plus le doute s’insinuer dans nos têtes sur nos capacités, nos légitimités, nos compétences, notre carrure, notre stature”, a-t-elle lancé. “C’est aussi dans nos têtes qu’il faut faire le ménage”, a-t-elle ajouté.

“Je dis aux femmes : osez, relevez la tête, la France a besoin de vous, entreprenez, assumez vos responsabilités, prenez toute votre place, nous en avons besoin toutes ensemble”, a-t-elle lancé.

“Liberté, égalité, fraternité, aujourd’hui à Dijon j’en appelle à la sororité”, a-t-elle déclaré.

“A toutes ces femmes qui ont tant de mal à boucler les fins de mois, femmes manoeuvres, femmes dans les services de nettoyage, de soins aux personnes (…), femmes noires, femmes blanches, femmes des petits matins, femmes dans les entreprises agricoles si peu payées et si peu reconnues, aujourd’hui je vous demande de leur faire part de votre reconnaissance”, a-t-elle encore lancé.

Elle a insisté aussi sur sa différence en tant que femme politique.

“La femme est un animal politique comme un homme, dans un milieu brutal. Je revendique de faire de la politique autrement à l’abri de cette brutalité”, a dit Mme Royal.

“Je ne vous demande pas de voter pour moi parce que je suis une femme, mais je suis une femme et avec moi le vrai changement politique, il est là, et avec moi la politique ne sera plus jamais comme avant”, a-t-elle lancé. “A l’échelle de la planète, mais aussi de la France, si nous réussissons pour les femmes, si cela va mieux pour les femmes, alors cela ira mieux pour l’humanité tout entière”, s’est-elle enflammée.

Elle a cité Louise Michel, qui refusait que ce soit, dans le partage hommes-femmes, “à eux la raison, à nous les effusions sentimentales”, Jeanne d’Arc, l’écrivain Christine de Pisan, la révolutionnaire Olympe de Gouges, qu’elle fera entrer au Panthéon si elle est présidente, la Mulatresse solitude, Marie-Rose Toto, toutes combattantes des droits des femmes.

Etouffant un rire, elle a rendu un rapide hommage aux hommes, mais seulement comme électeurs : “Vous les hommes sans lesquels rien ne serait possible, vous qui en acceptant de voter pour une femme vous affranchissez vous-mêmes des vieux préjugés, merci d’être là rassemblés (…) dans ce désir de changement et d’avenir”, a-t-elle lancé.

Elle a fait l’”état des lieux” des “droits à consolider pour que vive vraiment l’égalité” : lutte contre le chômage, précarité, violences, petites retraites”, qui concernent “d’abord les femmes”, et a rappelé des points de son pacte présidentiel comme l’accès à la contraception gratuite pour les moins de 25 ans.

Elle a confirmé aussi que, élue, elle présenterait au Parlement un projet de loi-cadre sur les violences faites aux femmes.

La présidente chilienne Michelle Bachelet lui avait envoyé un message d’encouragement, qui a été diffusé sur grand écran. Des intervenantes ont défilé à la tribune pour dire leur soutien. Estela Carlotto, présidente des grand-mères argentines de la Place de mai, parlant comme si Ségolène Royal était déjà élue, a déclaré : “Comment aurais-je pu ne pas être là pour applaudir la décision de la France d’avoir une femme présidente socialiste ?”.

Christine COURCOL / AFP

lignepact.jpg

Ségolène Royal promet de transférer au Panthéon les cendres d’Olympe de Gouges

A la veille de la journée internationale des femmes, Ségolène Royal s’est engagée mercredi à transférer les cendres de la révolutionnaire féministe Olympe de Gouges au Panthéon, revendication de certaines féministes.

Elle a également promis d’accorder une place plus importante à l’histoire des femmes dans les programmes scolaires si elle est élue présidente.

Révolutionnaire, femme de lettres et polémiste, Marie Gouze, dite Olympe de Gouges, s’est battue pour de nombreuses causes allant de la création d’un théâtre national pour les femmes écrivains à l’institution du divorce, en passant par les droits des enfants orphelins et des mères célibataires, mais aussi pour l’abolition de l’esclavage.

Née en 1748, elle a été guillotinée en 1793. Elle est à l’origine d’une “Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne”.

olympe_de_gouges.jpg

“Si je suis élue présidente de la République, Olympe de Gouges entrera au Panthéon, ce grand monument si peu accueillant aux femmes, qui porte à son fronton: ‘aux grand hommes la patrie leur est reconnaissante’”, a promis la candidate socialiste lors d’un meeting au Zénith de Dijon en présence de nombreuses élues socialistes et de féministes, qui a rassemblé près de 10.000 personnes, selon le service de presse du PS.

La physicienne Marie Curie est la seule femme à avoir été admise au Panthéon en 1995.

Dans sa “Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne”, Olympe de Gouges “proclame crânement: ‘la femme a le droit de monter à l’échafaud, elle doit avoir aussi le droit de monter à la tribune’”, a rappelé Ségolène Royal, première femme à avoir une chance réelle d’entrer à l’Elysée.

“Son idéal d’égalité civile et politique des hommes et des femmes la conduisit à réclamer l’abolition de l’esclavage et la protection maternelle et infantile”, a-t-elle souligné. “On la guillotina”.

lignepact.jpg

Olympe de Gouges : Biographie et Déclaration des droits de la Femme et de la citoyenne

Ségolène Royal, lors de son discours a déclaré : ” Ici, à Dijon, je vous le dis, si je suis élue présidente de la République, Olympe de Gouges entrera au Panthéon ..”

Pour information, on vous met en ligne sa biographie ainsi que sa “Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne.”

Elle fût guillotinée en 1793 …

Biographie

Née le 7 mai 1748 à Montauban, Marie Gouze est déclarée fille de Pierre Gouze, qui ne signe pas au baptême, et d’Anne-Olympe Mouisset, mariés en 1737, mais elle apprend bien vite, par sa mère, qu’elle est la fille naturelle du poète Jean-Jacques Lefranc de Pompignan, le célèbre antagoniste de Voltaire.

olympedegouges2.jpg

Sa mère elle même était la filleule de Jean-Jacques Le Franc, marquis de Pompignan et d’Olympe Colomb de La Pomarède et tout Montauban, écrit le député Poncet-Delpech et d’autres, savait que cette jolie femme avait été aimée par le marquis son parrain de cinq ans plus âgé qu’elle.

En 1765, elle épousa un traiteur parisien, Louis-Yves Aubry, et se retrouve très vite mère d’un petit garçon et presqu’aussitôt veuve.

Déçue par son expérience conjugale, elle refusa toujours de se remarier par la suite considérant le mariage comme “le tombeau de la confiance et de l’amour”.

Elle portait couramment les prénoms de “Marie-Olympe” (elle signe plusieurs textes ainsi) ou d’”Olympe”, et elle ajouta une particule à son patronyme “Gouze” ou plutôt “Gouges”, graphie adoptée par certains membres de sa famille dont sa sœur Jeanne Gouges.

Elle voulut rejoindre cette sœur épouse de médecin à Paris et, vers 1770, quitta Montauban avec son fils Pierre, futur général des armées de la République à qui elle fit donner une éducation très soignée.

A Paris, elle s’éprit d’un haut fonctionnaire de la marine, directeur d’une puissante compagnie de transports militaires en contrat avec l’état.

Il la demanda en mariage, qu’elle refusa, mais leur liaison dura jusqu’à la Révolution. Il est donc faux d’affirmer avec ceux qui méconnaissent le contexte que Marie-Olympe de Gouges fut une “courtisane”. Elle eut peut-être quelques passades, des coups de cœur, mais sans commune mesure avec le libertinage pratiqué à Versailles et dans les milieux de la haute bourgeoisie parisienne.

Grâce à Jacques Biétrix de Rozières, qui la considérait un peu comme sa femme, elle eut une grande indépendance financière, ce qui lui donnait un certain train de vie (elle figure dès 1774 dans l’Almanach de Paris ou annuaire des personnes de condition) et lui permit dès 1778 de s’essayer à écrire des pièces de théâtre qui fut la passion de toute sa vie.

Indépendamment de son théâtre politique qui fut joué sous la Révolution, la pièce qui la rendit célèbre en son temps est “l’Esclavage des Noirs” publié sous ce titre en 1792, inscrite au répertoire de la Comédie-Française le 30 juin 1785 sous le titre de “Zamore et Mirza, ou l’heureux naufrage”.

Cette pièce et une autre intitulée “le Marché des Noirs” (1790), ainsi que ses “Réflexions sur les hommes nègres” (1788) lui ont permis de rejoindre la “Société des amis des Noirs” - le lobby des abolitionnistes - créé en 1788 par Brissot qui parle d’ailleurs d’elle dans ses lettres inédites, puis d’être citée par l’abbé Grégoire, dans la liste “des Hommes courageux qui ont plaidé la cause des malheureux Noirs” (1808).

En 1788, elle s’était fait remarquer en publiant deux brochures politiques qui furent très remarquées et discutées en leur temps, notamment dans le “Journal général de France” et d’autres journaux.

Elle avait développé un projet d’impôt patriotique dans sa célèbre “Lettre au Peuple” et proposé un vaste programme de réformes sociales et sociétales dans ses “Remarques patriotiques”.

Ces écrits furent suivis de nouvelles brochures qu’elle adressa sans discontinuer aux représentants des trois premières législatures de la Révolution, aux Clubs patriotiques et à diverses personnalités dont Mirabeau, La Fayette et Necker qu’elle admirait particulièrement. Ses positions furent toujours très proches de celles des hôtes de Mme Helvétius, qui tenait salon à Auteuil, et où on défendait le principe d’une monarchie constitutionnelle. En relation avec le marquis de Condorcet et son épouse née Sophie de Grouchy, elle rejoignit les Girondins en 1792.

Elle fréquentait les Talma, le marquis de Villette et son épouse, également Louis-Sébastien Mercier et Michel de Cubières, secrétaire général de la Commune après le 10 août, qui vivait maritalement avec la comtesse de Beauharnais, auteur dramatique et femme d’esprit.

Avec eux, elle devint républicaine comme d’ailleurs beaucoup de membres de la société d’Auteuil qui pratiquement tous s’opposèrent à la mort de Louis XVI. le 16 décembre 1792, Mme de Gouges s’offrit pour assister Malesherbes dans la défense du roi devant la Convention, mais sa demande fut rejetée avec mépris.

Elle considérait que les femmes étaient capables d’assumer des taches traditionnellement confiées aux hommes et régulièrement, pratiquement dans tous ses écrits, elle demandait que les femmes fussent associées aux débats politiques et aux débats de société.

La première elle obtint que les femmes fussent admises dans une cérémonie à caractère national, “la fête de la loi” du 3 juin 1792 puis à la commémoration de la prise de la Bastille le 14 juillet 1792.

Olympe de Gouges défendit avec ardeur les droits des femmes.

S’étant adressée à Marie-Antoinette pour protéger “son sexe” qu’elle disait malheureux, elle avait rédigé une Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne, calquée sur la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, dans laquelle elle affirmait l’égalité des droits civils et politiques des deux sexes, insistant pour qu’on rende à la femme des droits “naturels” que la force du préjugé lui avait retiré.

À cette époque, le suffrage est censitaire car il faut payer trois journées de travail pour voter. Seuls les privilégiés peuvent voter : la majorité du peuple français, dont les hommes, ne vote donc pas.

Elle demande la suppression du mariage et l’instauration du divorce qui fut adopté quelques mois plus tard. Elle émet à la place l’idée d’un contrat annuel renouvelable signé entre concubins et milite pour la libre recherche de la paternité et la reconnaissance des enfants nés hors mariage.

Elle fut aussi une des premières à théoriser, dans ses grandes lignes, le système de protection maternelle et infantile que nous connaissons aujourd’hui par la création de maternités.

De plus, elle recommanda la création d’ateliers nationaux pour les chômeurs et de foyers pour mendiants qui se rapprochent des foyers d’hébergements actuel.

En 1793, elle s’en prit vivement à ceux qu’elle tenait responsable des atrocités des 2 et 3 septembre 1792 (”le sang, même des coupables, disait-elle, souille éternellement les Révolutions”), désignant particulièrement Marat.

Soupçonnant Robespierre d’aspirer à la dictature, elle l’interpella dans plusieurs écrits ce qui lui valut une dénonciation de Bourdon de l’Oise au club des Jacobins. Après la mise en accusation du parti girondin tout entier à la convention, le 2 juin 1793, elle adressa une lettre pleine d’énergie et de courage, s’indignant de cette mesure attentatoire aux principes démocratiques (9 juin 1793).

Ce courrier fut censuré en cours de lecture. S’étant mise en contravention avec la loi de mars 1793 sur la répression des écrits remettant en cause le principe républicain (elle avait rédigé une affiche à caractère fédéraliste ou girondin sous le titre “Les Trois urnes ou le Salut de la patrie, par un voyageur aérien”), elle fut arrêtée et déférée au tribunal révolutionnaire le 6 août 1793 qui l’inculpa.

Malade à la prison de l’abbaye de Saint-Germain-des-Près, réclamant des soins, elle fut envoyée à l’infirmerie de la petite Force, rue Pavée dans le Marais, partageant la cellule d’une condamnée à mort, Mme de Kolly, qui se prétendait enceinte. En octobre suivant, elle obtint son transfert dans la pension de Mme Mahay, sorte de prison pour riches où le régime était plus libéral et où elle eut semble-t-il une liaison avec un des prisonniers.

Il lui aurait été facile de s’évader mais, désirant se justifier des accusations pesant contre elle, elle réclama publiquement son jugement dans deux affiches très courageuses qu’elle réussit à faire sortir clandestinement de prison et imprimer pour qu’elles soient largement diffusées (”Olympe de Gouges au Tribunal révolutionnaire” et “Une patriote persécutée”, son dernier texte, très émouvant).

Traduite au Tribunal au matin du 2 novembre, soit quarante-huit heures après l’exécution de ses amis Girondins, elle fut condamnée à la peine de mort pour avoir tenté de rétablir un gouvernement autre que un et indivisible.

olympedegouges3.jpg

Olympe de Gouges à l’échafaud

D’après un inspecteur de police en civil, le citoyen Prévost présent à l’exécution, d’après le Journal de Perlet et d’autres témoignages, elle est montée sur l’échafaud avec infiniment de courage et de dignité contrairement à ce que raconte au XIXe siècle l’auteur des mémoires apocryphes de Sanson et quelques historiens misogynes dont le fameux Jules Michelet.

Sa dernière lettre fut pour son fils, l’adjudant général Aubry de Gouges, qui la renia dans une “profession de foi civique”, par crainte d’être inquiété.

Dans sa Déclaration des Droits de la Femme, elle avait écrit de façon prémonitoire “la femme a le droit de monter sur l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la Tribune”.

Mais le procureur de la commune Chaumette, dans un discours aux républicaines, fustigea sa mémoire et applaudit à son exécution, méritée selon lui, ne serait-ce que parce qu’elle avait, disait-il, “oublié les vertus qui conviennent à son sexe”.

Il faudra attendre la fin de la seconde guerre mondiale pour que Marie-Olympe de Gouges sorte de la caricature et de l’anecdote.

Étudiée, discutée, particulièrement aux États-Unis, au Japon et en Allemagne, son originalité, son indépendance d’esprit, ses écrits courageux et sa générosité sans borne, de même que son honnêteté intellectuelle en font une des plus belles figures humanistes de la fin du XVIIIe siècle.

DECLARATION DES DROITS DE LA FEMME ET DE LA CITOYENNE

Préambule

Les mères, les filles, les soeurs, représentantes de la nation, demandent d’être constituées en assemblée nationale. Considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de la femme, sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, ont résolu d’exposer dans une déclaration solennelle, les droits naturels inaliénables et sacrés de la femme, afin que cette déclaration, constamment présente à tous les membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs devoirs, afin que les actes du pouvoir des femmes, et ceux du pouvoir des hommes pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés, afin que les réclamations des citoyennes, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la constitution, des bonnes moeurs, et au bonheur de tous.

En conséquence, le sexe supérieur en beauté comme en courage, dans les souffrances maternelles, reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l’Etre suprême, les Droits suivants de la Femme et de la Citoyenne.

Article I

La Femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.

Article II

Le but de toute association politique est la imprescriptible de la Femme et de l’Homme : ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et surtout la résistance à l’oppression.

Article III

Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation, qui n’est que la réunion de la Femme et de l’Homme : nul corps, nul individu, ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément.

Article IV

La liberté et la justice consistent à rendre tout ce qui appartient à autrui ; ainsi l’exercice des droits naturels de la femme n’a de bornes que la tyrannie perpétuelle que l’homme lui oppose ; ces bornes doivent être réformées par les lois de la nature et de la raison.

Article V

Les lois de la nature et de la raison défendent toutes actions nuisibles à la société : tout ce qui n’est pas défendu pas ces lois, sages et divines, ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu’elles n’ordonnent pas.

Article VI

La Loi doit être l’expression de la volonté générale ; toutes les Citoyennes et Citoyens doivent concourir personnellement ou par leurs représentants, à sa formation ; elle doit être la même pour tous : toutes les Citoyennes et tous les Citoyens, étant égaux à ses yeux, doivent être également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leurs capacités, et sans autres distinctions que celles de leurs vertus et de leurs talents.

Article VII

Nulle femme n’est exceptée ; elle est accusée, arrêtée, et détenue dans les cas déterminés par la Loi. Les femmes obéissent comme les hommes à cette Loi rigoureuse.

Article VIII

La Loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires, et nul ne peut être puni qu’en vertu d’une Loi établie et promulguée antérieurement au délit et légalement appliquée aux femmes.

Article IX

Toute femme étant déclarée coupable ; toute rigueur est exercée par la Loi.

Article X

Nul ne doit être inquiété pour ses opinions mêmes fondamentales, la femme a le droit de monter sur l ’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la Tribune ; pourvu que ses manifestations ne troublent pas l’ordre public établi par la Loi.

Article XI

La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de la femme, puisque cette liberté assure la légitimité des pères envers les enfants. Toute Citoyenne peut donc dire librement, je suis mère d’un enfant qui vous appartient, sans qu’un préjugé barbare la force à dissimuler la vérité ; sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi.

Article XII

La garantie des droits de la femme et de la Citoyenne nécessite une utilité majeure ; cette garantie doit être instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de celles à qui elle est confiée.

Article XIII

Pour l’entretien de la force publique, et pour les dépenses d’administration, les contributions de la femme et de l’homme sont égales ; elle a part à toutes les corvées, à toutes les tâches pénibles ; elle doit donc avoir de même part à la distribution des places, des emplois, des charges, des dignités et de l’industrie.

Article XIV

Les Citoyennes et Citoyens ont le droit de constater par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique. Les Citoyennes ne peuvent y adhérer que par l’admission d’un partage égal, non seulement dans la fortune, mais encore dans l’administration publique, et de déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée de l’impôts.

Article XV

La masse des femmes, coalisée pour la contribution à celle des hommes, a le droit de demander compte, à tout agent public, de son administration.

Article XVI

Toute société, dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de constitution ; la constitution est nulle, si la majorité des individus qui composent la Nation, n’a pas coopéré à sa rédaction.

Article XVII

Les propriétés sont à tous les sexes réunis ou séparés ; elles ont pour chacun un droit lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l’exige évidemment, et sous la condition d’une juste et préalable indemnité.

Postambule

Femme, réveille-toi ; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l’univers ; reconnais tes droits. Le puissant empire de la nature n’est plus environné de préjugés, de fanatisme, de superstition et de mensonges.
Le flambeau de la vérité a dissipé tous les nuages de la sottise et de l’usurpation. L’homme esclave a multiplié ses forces, a eu besoin de recourir aux tiennes pour briser ses fers. Devenu libre, il est devenu injuste envers sa compagne.

O femmes ! Femmes, quand cesserez-vous d’être aveugles ? Quels sont les avantages que vous recueillis dans la révolution ?

Un mépris plus marqué, un dédain plus signalé. Dans les siècles de corruption vous n’avez régné que sur la faiblesse des hommes. Votre empire est détruit ; que vous reste t-il donc ?
La conviction des injustices de l’homme. La réclamation de votre patrimoine, fondée sur les sages décrets de la nature ; qu’auriez-vous à redouter pour une si belle entreprise ?

Le bon mot du Législateur des noces de Cana ? Craignez-vous que nos Législateurs français, correcteurs de cette morale, longtemps accrochée aux branches de la politique, mais qui n’est plus de saison, ne vous répètent : femmes, qu’y a-t-il de commun entre vous et nous ?

Tout, auriez vous à répondre. S’ils s’obstinent, dans leur faiblesse, à mettre cette inconséquence en contradiction avec leurs principes ; opposez courageusement la force de la raison aux vaines prétentions de supériorité ; réunissez-vous sous les étendards de la philosophie ; déployez toute l’énergie de votre caractère, et vous verrez bientôt ces orgueilleux, non serviles adorateurs rampants à vos pieds, mais fiers de partager avec vous les trésors de l’Etre Suprême.
Quelles que soient les barrières que l’on vous oppose, il est en votre pouvoir de les affranchir ; vous n’avez qu’à le vouloir. Passons maintenant à l’effroyable tableau de ce que vous avez été dans la société ; et puisqu’il est question, en ce moment, d’une éducation nationale, voyons si nos sages Législateurs penseront sainement sur l’éducation des femmes.

Les femmes ont fait plus de mal que de bien. La contrainte et la dissimulation ont été leur partage.

Ce que la force leur avait ravi, la ruse leur a rendu ; elles ont eu recours à toutes les ressources de leurs charmes, et le plus irréprochable ne leur résistait pas.

Le poison, le fer, tout leur était soumis ; elles commandaient au crime comme à la vertu.

Le gouvernement français, surtout, a dépendu, pendant des siècles, de l’administration nocturne des femmes ; le cabinet n’avait point de secret pour leur indiscrétion ; ambassade, commandement, ministère, présidence, pontificat, cardinalat ; enfin tout ce qui caractérise la sottise des hommes, profane et sacré, tout a été soumis à la cupidité et à l’ambition de ce sexe autrefois méprisable et respecté, et depuis la révolution, respectable et méprisé.



Publicité

Publié dans Actualités

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article