Sereine malgré les sondages, Royal fait campagne en banlieue lyonnaise
Ségolène Royal a dialogué jeudi, Journée internationale des femmes, avec des habitantes de Vaulx-en-Velin (Rhône), affichant sa sérénité face à des sondages qui la montrent talonnée par le candidat de l’UDF François Bayrou.
Alors qu’elle avait passé la soirée de mercredi à Dijon pour un meeting consacré aux femmes, elle a fait étape le lendemain dans cette banlieue de Lyon qui s’est reconstruite après les violences d’octobre 1990. Elle y a rencontré des femmes qui ont, a-t-elle souligné, “montré leur potentiel”, des femmes “qui réussissent”, des “femmes debout”.

Traversant une esplanade, elle a eu un “joyeux accueil”, selon ses termes. Dans une énorme bousculade, les jeunes de Vaulx poussaient en tous sens pour prendre des photos de la candidate PS, criant des injures contre son rival UMP Nicolas Sarkozy.
Dans le centre culturel de Vaulx-en Velin, Sonia, Christel, Anne-Sophie, Eliane et Rosine ont raconté leurs succès.
“Ce n’est en rien une fatalité d’habiter en banlieue, où les femmes qui se battent font bouger les choses”, lui a dit Sonia. “Etre femme, ce n’est pas évident, surtout d’origine étrangère, mais avec la solidarité des autres femmes tout peut bouger”, a renchéri Tina.

Un discours qui ne pouvait que plaire à la candidate, qui leur a promis, si elle était élue, de mettre le micro-crédit en place dans toute la France pour leur permettre de monter des petites entreprises, et de faire pour elles un “effort massif” de formation professionnelle.
Elle a assuré, comme elle aime à le faire, que “dans le cadre de la France qui veut se relever, l’énergie des femmes est absolument indispensable”, “dans la diversité de leurs origines”.

“Battez-vous, ayez confiance en vous, rien ne sera possible sans vous, demain l’Etat et les pouvoirs publics vous aideront à réaliser vos projets!”, a-t-elle lancé.
Face à des sondages difficiles, avec une forte montée de François Bayrou, Ségolène Royal affichait sa sérénité.
“Un électeur sur deux est encore indécis”, soulignait-elle devant les journalistes, estimant que “refuser de choisir, c’est aussi donner une opinion”, et soulignant être “la plus stable” parmi les électeurs sûrs de leur choix.

Elle s’est dite plus résolue que jamais à persuader les Français qu’elle “incarne le changement profond” et que son pacte entraîne “les réformes les plus radicales”.
“Je vais apporter la preuve obstinée, permanente, acharnée, que c’est moi qui incarne et réaliserai le changement (…) du fait de ma volonté de bouger en profondeur les choses, du regard neuf que je porte sur le fonctionnement de la société”, a-t-elle affirmé.
Elle s’est montrée sûre de sa réussite, sur les banlieues, l’éducation, la compétitivité. “Bousculer les habitudes, bousculer les institutions, ça correspond à ce dont la France a besoin”, a-t-elle dit.

Pressée de questions sur le phénomène Bayrou, la candidate n’y a vu que le succès de celui qui se dit “anti-système”: mais “son changement, c’est une illusion”. Elle a aussi estimé que Jean-Marie Le Pen était “très sous-évalué dans les sondages”.
Affirmant que “les sondages se sont toujours trompés”, son entourage affichait lui aussi une grande confiance, assurant que la candidate avait “repris la main au cours de la semaine” avec des succès sur le dossier Airbus et sa rencontre réussie avec la chancelière allemande Angela Merkel.
L’entourage reconnaissait néanmoins –sans croire à l’hypothèse– que ce serait “plus compliqué pour le PS” s’il fallait affronter au second tour M. Bayrou plutôt que M. Sarkozy.

Ségolène Royal au forum participatif sur les femmes à Vaulx-en-Velin :
Au centre culturel Charlie Chaplin, la candidate socialiste a écouté les témoignages de jeunes sportives nées à Vaulx-en-Velin ou de la mère d’un enfant handicapé ayant créé un service de prêt de fauteuils roulants.
Ségolène Royal déroule les mesures de son “pacte présidentiel” en faveur des femmes, insistant sur la généralisation du micro-crédit et une augmentation massive des aides pour la formation professionnelle des femmes.
“Ayez confiance en vous et demain l’Etat, les pouvoirs publics vous aideront à réaliser vos projets“.

“Je voudrais que partout sur le territoire national, plus aucune femme ne se dise ‘je sens en moi des potentialités mais je n’ose pas, je me dis que ce n’est pas pour moi, j’ai peur de me lancer’“.
Chez les femmes, “il y a toujours une intériorisation de quelque chose qui leur dit ‘est-ce que j’ai bien le droit d’avoir ces ambitions ou est-ce que je vais y arriver ? Je connais vos doutes à chacune d’entre vous“.
“Moi je vous le dis, vous pouvez toutes y arriver“,
Ségolène Royal va poursuivre son “travail d’explication” sur son “pacte présidentiel“, insister sur la “cohérence, la vision, les valeurs” sur lesquelles elle veut “s’arc-bouter“.
“je vais les convaincre et donc être élue“.

Journée de la Femme : Trois questions à Ségolène Royal :

Qu’est-ce que cela représente que d’être une femme en politique au 21ème siècle ?
C’est l’aboutissement d’une longue marche des femmes, de beaucoup de combats pour la conquête de nos droits politiques. Il reste encore du chemin mais le temps n’est plus où, comme dans l’entre-deux-guerres les sénateurs pouvaient à quatre reprises refuser le droit de vote aux femmes sous l’étonnant prétexte que nous aurions ” la bouche trop petite pour proférer les gros mots qui sont monnaie courante dans les campagnes électorales. ” Vous rendez-vous compte que, dans les manuels scolaires, on continue de dire ” universel “, le suffrage qui, pendant un siècle, a exclu les femmes ? J’ai envie de vous répondre ce qu’en janvier 2006 Michelle Bachelet me disait au Chili : ” le temps des femmes est venu… Pour le plus grand bonheur des hommes. ”
Qu’est-ce que cela représente que d’être une femme socialiste aujourd’hui ?
Vous savez, je suis venue au socialisme par le féminisme. Un féminisme instinctif et juvénile qui m’a fait, dès l’adolescence, refuser la place que, dans ma famille, la tradition assignait aux femmes. De l’émancipation des femmes à celle de l’humanité toute entière, le lien s’est fait tout naturellement : je suis aujourd’hui socialiste parce que féministe et féministe parce que socialiste. Etre une femme socialiste, c’est refuser l’assistanat qui humilie et c’est vouloir, pour chacune et pour chacun, le pouvoir de conduire sa vie et les solidarités qui le rendent possible. C’est ne pas se résigner au désordre des choses, faire le pari que l’avenir peut être civilisé et la France redressée.

Qu’est ce que cela représenterait que d’être une femme présidente de la République ?
Une belle victoire de l’égalité, de la parité et de la mixité en politique. Pas une revanche : une évolution normale. La preuve que le peuple français est, une fois encore, en avance sur certains de ses représentants. Je crois les femmes aussi qualifiées que les hommes pour exercer à la tête de l’Etat la juste autorité dont le pays a besoin, rendre à la puissance publique son efficacité et gouverner avec tous les Français. Peut-être ce 8 mars 2007 sera t-il historique… J’ai pris l’engagement, si je suis élue, de faire entrer Olympe de Gouges au Panthéon, où elle rejoindra Marie Curie. Olympe de Gouges a écrit une belle Déclaration des Droits de la Femme qui proclame crânement : ” La femme a le droit de monter sur l’échafaud, elle doit également avoir celui de monter à la tribune ” Son idéal d’égalité civile et politique des hommes et des femmes la conduisit, on le sait moins, à réclamer l’abolition de l’esclavage. Le tribunal lui reprocha d’avoir oublié ” les vertus qui conviennent à son sexe ” : on la guillotina. Féministe avant la lettre, elle doit avoir toute sa place dans la mémoire commune de la République. D’ici là, le chemin est encore long jusqu’à l’élection présidentielle.
Cette campagne, je l’ai voulue participative. Mon équipe, ce sont aussi les internautes qui nous lisent ! J’invite donc toutes les femmes, et tous les hommes, à nous rejoindre sur mon site de campagne (www.desirsdavenir.org) et à s’inscrire sur l’espace e-militants pour y participer.

